Cela devient une (très bonne) habitude en ce début d'année, les samedis m'offrent l'occasion de passer des moments qui vous réconcilient avec le genre humain. L'amitié et l'art m'ont une fois de plus permis de passer des moments heureux, amusants, presque loufoques quand on se crée sans s'en rendre compte un décalage horaire et qu'on traverse ainsi Paris en tous sens pour voir un film ;-)

IMG_5006L'art gastronomique fut le premier au rendez-vous avec un goûter – que dis-je une dégustation – au bar à chocolat de Jean-Paul Hévin. Dans un cadre épuré mais chaleureux, plus intimiste et plus calme que "Angelina" et "Mamie Gâteaux" (établissements dont le bruit constitue le seul défaut), avec un service irréprochable (on nous a même proposé au bout de 3 mn une meilleure table sans que nous n'ayons rien demandé), nous avons choisi 3 chocolats chauds différents (Mélange tradition, Equateur et Anne d'Autriche) et 3 pâtisseries différentes. Le chocolat chaud, placé n° 1 dans un récent classement journalistique, est délicieux, très différent de l'Africain d'Angelina par le goût et la texture. Les deux sont aussi appréciables l'un que l'autre du fait même de leur différence. Moins onctueux chez Hévin – ce qui signifie aussi plus léger – sa saveur révèle des arômes plus riches. L'Africain se déguste seul et sans sucre (ou avec la tentatrice crème fouettée), celui de Hévin permet de se délecter d'une pâtisserie, tout aussi légère et raffinée, chaque mets se mettant mutuellement en valeur, comme un plat et un vin ; et il supporte – en ce qui me concerne – un petit sucre. Les pâtisseries nous ont ravies, par la subtilité des saveurs, leur légèreté : nous n'avons pas été déçues par le "Pyramide", le "Chocolat-framboise" et le "Mont-Blanc". Je ne peux que conseiller à tous de rendre visite à ce bar à chocolat en consultant auparavant la carte alléchante présente sur le site.

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Après moult péripéties causées notamment par les déficiences de nos cerveaux certainement amollis par les effluves de chocolat (c'est une sorte de drogue non ?), nous avons enfin pu assister à la projection du fameux "Discours d'un roi", et nous avons été toutes trois charmées par ce beau film et par Colin.... pardon si je vous force la main les filles ;-).

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Je me joindrai donc au concert de louanges pour dire que l'interprétation, le scénario, les dialogues, les décors (j'adore le petit appartement du Dr Logue et particulièrement cet étonnant "cabinet" de médecine) et costumes, la photographie sont au diapason pour nous offrir une oeuvre émouvante, non dénuée de réflexion, d'une grande qualité classique mais sans la pompe et le côté démonstratif de certaines productions hollywoodienne du genre.

Ce film allie d'une façon particulièrement touchante Grande et petite histoire en nous peignant une belle et singulière amitié, des personnages attachants, en nous livrant matière à réfléchir sur le rôle nouveau joué par la communication politique radiophonique à ses balbutiements et sur le rôle d'un roi dans une monarchie constitutionnelle. Le pivot de tout cela étant un simple homme seul, "a single man", qui n'était pas fait pour le rôle que lui a fait endosser l'Histoire mais qui paradoxalement a pu se révéler complètement grâce à ses détours. Alors, du point de vue plus historique, c'est Churchill qui nous paraît avoir véritablement marqué les ondes par ses discours du côté anglais, mais on sait que les Britanniques gardent une grande reconnaissance à la famille royale de n'avoir pas quitté Londres durant le Blitz alors qu'ils pouvaient partir au Canada. L'interprétation est bien entendu magistrale. Colin Firth est encore une fois parfait dans le rôle d'un homme dont les silences sont tout aussi importants que les paroles (je me rends compte que c'est un caractère récurrent dans les rôles les plus marquants de sa carrière, avec un jeu à chaque fois différent et subtil). Geoffrey Rush est admirable aussi par son humanité, son humour british (tout australien qu'il soit) pince-sans-rire. Si le film ne devait remporter que 2 oscars sur ses multiples nominations, j'aimerais que ces 2 là soient récompensés.

La grande scène qui couronne le film est l'apogée de ces qualités et noue admirablement ces fils : le cinéma atteint rarement ce degré d'émotion en associant l'intime et l'Histoire, le tout servi par une musique merveilleusement choisie, ce deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven qui est une des musiques que je préfère. Elle est idéale car, n'ayant pas été conçue pour illustrer un film, elle n'a rien de la grandiloquence hollywoodienne de certaines compositions créées pour ce type de scène (qualité qui caractérise le film entier).

En plus, détail touchant pour mon coeur de midinette, 2 acteurs jouant dans la version BBC d'Orgueil et préjugés qui donna un rôle inoubliable à Colin Firth, apparaissent dans ce film : David Bamber (Mr Collins) dans le rôle furtif du metteur en scène de théâtre qui se gausse de Logue et surtout Jennifer Ehle (Elizabeth Bennett) dans celui de l'épouse de Logue, qui se retrouve face à "Darcy" 15 ans après...