Après de nombreuses années passées à Paris, on finit par s'en lasser, voir les inconvénients prendre le dessus sur les avantages, avoir plus de mal à y revenir après avoir passé 2 week-ends en province.

Mais parfois, le temps d'un après-midi, on retrouve tout le charme qui fait qu'on aime Paris.

Une promenade pour voir les couleurs de l'automne au jardin du Luxembourg...

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Une virée chez Gibert Joseph... où un très bon livre est en bonne place au rayon histoire de l'art...

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Et où j'achète un Guide Vert 2012 de l'Angleterre, sans voyage prévu là-bas, mais parce qu'il est en occasion et en bon état, parce que je rêve d'y aller (en Angleterre/Cornouailles/Pays de Galles) et que lire un guide c'est déjà voyager... suis-je la seule folle à faire ce genre d'achat inutile ? Enfin, en même temps, un Guide vert ne se démode pas comme un Guide du Routard.

Un film mythique qu'on peut enfin découvrir dans une délicieuse salle du Quartier latin...

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Il y a un an, je voyais pour la première fois "Metropolis" de Fritz Lang au cinéma, en prélude à l'exposition que la Cinémathèque consacrait au film. Le voir en salle, sur grand écran et en version complète et restaurée m'avait donné une bonne occasion de balayer ma légère appréhension devant un film muet long de plus de 2 h. Et je ne l'avais pas regretté !!!

Cette année, toutes ces conditions optimales - version restaurée et grand écran - étaient réunies pour voir pour la première fois un autre chef-d'oeuvre incontesté (et incontestable je le sais maintenant) : "Les enfants du paradis". J'ai vraiment honte parce que, bien que cinéphile d'un âge déjà avancé, je n'avais encore jamais vu ce film. Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs, puisque j'ai vu d'autres oeuvres de M. Carné, puisque j'adore les décors d'A. Trauner, l'esthétique des films de cette époque et la langue de Prévert. Sans doute la longueur me rebutait (3 h 10) et je craignais qu'il s'agissait d'une histoire d'amour triste au possible, cette fatalité tragique inexorable qui m'agace dans le cinéma de Carné et me fait préférer le cinéma de Renoir, pas moins noir pour autant mais plus ironique et détaché peut-être. En effet, je suis plus Renoir (et Clouzot et Guitry aussi) que Carné pour les années 30/40. 

Mais là j'ai vu mon film désormais préféré de Carné. Je n'ai pas vu le temps passer. Pour moi, le plus époustouflant là-dedans ce sont les dialogues et le jeu des acteurs. Mais aussi la qualité de la photographie et des décors. Mais aussi la poésie de l'intrigue. Bref, tout est parfait. Le film est plein d'humour, on sourit et même on rit souvent, c'est sans doute ce qui m'a le plus étonné. L'histoire n'est pas si tragique que ça, c'est plutôt une belle réflexion sur l'amour ou sur les différentes sortes d'histoires ou de natures de l'amour, sur les individus face au sentiment amoureux et sur la façon dont ils s'accommodent, ou pas, de l'imperfection de la vie. Chaque membre du quatuor amoureux n'est ni blanc ni noir, ni innocent ni coupable, on ne peut prendre parti pour l'un ou l'autre de manière définitive, et comme on l'a entendu chez Renoir "tout le monde a ses raisons". Et puis c'est aussi (surtout ?), un hymne au théâtre, à la pantomime, aux acteurs, plus largement au monde du spectacle et à sa magie. Côté acteurs, je connaissais tout ce petit monde, dont le jeu n'a pas pris une ride. Mais celui qui m'a le plus frappée, le plus charmée, c'est Pierre Brasseur. J'ai particulièrement apprécié son rôle d'acteur brillant, charmeur, plein d'énergie, d'aisance et de talent, un peu roublard mais au grand coeur. Son jeu m'a évoqué celui de Jean Piat dans certains rôles (je me suis rendu compte de l'influence qu'a pu avoir Brasseur sur Piat alors tout jeune comédien). Lemaître/Brasseur et Baptiste/Barrault représentent à eux deux ce qu'on aimerait trouver chez l'homme idéal : énergie et poésie, séduction et sensibilité.

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Côté dialogues, outre les 2 ou 3 répliques gravées dans les mémoires, j'ai eu l'impression de trouver là l'origine d'autres aphorismes bien connus. Une des phrases marquantes : "On veut de la nouveauté, la nouveauté, mais mon cher, c'est vieux comme le monde la nouveauté !". Ou comment dire que la mode c'est ce qui se démode...

Ce film datant de 1944, se déroulant dans les années 1830, n'a pas vieilli parce que sur la forme il est parfait et magnifique, et sur le fond, il est intemporel, comme une fable de La Fontaine ou une pièce de Molière ou de Shakespeare, il traite de l'éternel humain dans le bien comme dans le mal, de questions, de situations qui n'ont pas d'âge.

Pour preuve, la salle était comble, de gens de tous âges et ça fait plaisir. Ce qui m'a fait encore plus plaisir c'est d'entendre 2 jeunes femmes de 20 ans environ à la sortie : "les dialogues étaient trop bien ! à chaque phrase je me disais "faut que je retienne, faut que je retienne" et la copine de répliquer "et quand il faisait le mime, c'était trop beau !"... Bon, leur vocabulaire semblait se résumer à "trop bien, trop beau" (je les ai entendu parler pendant un petit moment sur le trottoir), mais au moins elles avaient eu la curiosité d'aller voir ce film et il leur avait plu !

Pour prolonger le plaisir, j'ai hâte d'aller voir l'expo de la Cinémathèque !!!

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