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Un exercice de style un peu creux...

J'ai lu le livre à l'adolescence, comme tout le monde ou presque. Sans que ce soit devenu un livre culte, j'avais beaucoup aimé l'originalité du propos, cela m'avait fait découvrir une autre façon d'écrire un roman, une véritable poésie romanesque, et j'avais apprécié être entraînée dans ce "monde parallèle" de Colin et ses amis.

Comment transcrire cela en images cinématographiques ? A priori, Michel Gondry y parvient, d'une façon poétique elle aussi (j'ai particulièrement aimé le passage des couleurs au noir et blanc au fil du film, permettant de rendre de façon adéquate cet aspect du livre). Mais on reste à la surface, on ne parvient pas à se sentir touché. Audrey Tautou fait du Amélie Poulain, mais avec un visage qui approche de la quarantaine, ça ne lui va plus trop... oui, car hélas, parce que je suis de la même génération qu'eux, j'ai trouvé les acteurs trop "vieux" pour les rôles. Pour moi Colin et Chloé, c'est la fraîcheur, la jeunesse, l'insouciance, ce sont de grands enfants quoique jeunes adultes. Et bien que notre génération des années 70 ait été celle qui a inventé les "adulescents"... passé 35 ans, même si on ne fait pas son âge comme Duris par exemple (mais je trouve que Tautou, de figure, fait plus que ses 36 ans, d'où un curieux contraste entre son visage, sa voix et son corps qui restent incontestablement très jeunes) le visage ne peut plus faire illusion, on n'a plus cette fraîcheur. Bref, je n'y ai pas cru et je me suis contentée d'observer l'exercice de la transposition visuelle de l'écrit... (c'est un peu mon métier de base, le propos de ma thèse). Et si c'est plutôt amusant de voir tout ça en vrai, cela n'a pas la même saveur qu'à la lecture... je ne sais pas pourquoi, l'écrit est beaucoup plus subtil et c'est l'assemblage original des mots, des tournures, l'invention dans le registre du vocabulaire qui est charmante, dépaysante et procure un vif plaisir intellectuel et émotionnel. Quand on le voit "pour de vrai", ça ne fait pas le même effet. Je dis ça pour ce livre précisément, car je ne suis pas contre les adaptations de romans. La plupart se prêtent très bien à la transposition à l'écran. Par exemple, je viens de voir le "Great Gatsby" de 1974 (j'en reparlerai ici quand j'aurai vu la version 2013) et c'est une adaptation excellente, qui retrouve le ton, voire le style, du roman de Fitzgerald, les idées et les impressions que veut transmettre l'auteur. Mais dans le cas du roman de Vian, l'originalité est plus purement dans le style de l'écriture et ce n'est pas en créant visuellement les objets évoqués qu'on retrouve cette poésie.

Par ailleurs, je n'ai pas aimé que Gondry ne prenne pas complètement pour cadre les années 50. Pour moi il y avait un malaise à voir évoluer les personnages dans un monde mi-50/mi-contemporain. C'est comme si il avait mis tout son budget dans les effets spéciaux et n'avait plus assez d'argent pour reconstituer pleinement le Paris des années 50.  Mais je comprends que ce parti pris puisse plaire et ce n'est pas le point le plus important. Mais voir les travaux des halles bien actuels, bien marqués par une époque, bien terre à terre (malgré un traitement qui se veut poétique), je trouve que cela ne colle pas avec l'univers du livre qui est entièrement poétique, dans une réalité autre.

Enfin, un autre point m'a gêné. Je ne me souviens plus du tout s'il apparaissait dans le livre ou si c'est le traitement par Gondry qui a causé ça, d'où ma perplexité. Il s'agit du côté "société répressive et déshumanisée de science fiction" : la vie à l'usine, les ouvriers écrasés, le monde des travailleurs uniformisé , la fabrique des armes, les cadavres balayés à la patinoire, l'engin de répression qui sort d'une caserne en béton et écrase tout, m'évoquant les sorties des pompiers dans Farenheit 451 de Truffaut. Je ne sais plus si tout ça était dans le livre, si tel est le cas je n'en ai rien retenu ou alors, avec mes yeux d'adolescente je n'avais pas compris... mais je n'ai pas aimé tout ce côté là, pour moi c'était un livre de la lumière et de la poésie, même tragique puisque tout fini mal à cause du nénuphar dans l'obscurité et l'humidité. Du coup, j'ai envie de relire le livre pour voir si cette réflexion y est bien présente, pour redécouvrir ce contenu que je n'ai peut-être pas saisi à sa juste valeur à l'époque. Je vous en reparlerai à l'occasion...